Discours lors de ma cérémonie de voeux

Discours lors de ma cérémonie de voeux

Monsieur le Président,

Madame le Préfet,

Monsieur le Sous-Préfet

Monsieur le Sénateur, Michel Teston

Mesdames et Messieurs les conseillers départementaux, Brigitte Royer, Denis Duchamp, Stéphanie Barbato, Pierre Maisonnat,

Messieurs les Présidents des Communauté de Communes et d’agglo, Pierre Jouvet, Frédéric Sausset,

Mesdames et Messieurs les maires et conseillers municipaux, Messieurs les représentants de la police et de la gendarmerie, Colonel Coulbeau et Commandant Porta,

Messieurs les responsables des Centres de secours et sapeurs- pompiers,

Mesdames Messieurs responsables syndicaux, présidents du monde associatif,

Monsieur le secrétaire fédéral, Cher Philippe Finiels,

Madame la Présidente du BTP,

Mesdames, Messieurs,

Chers amis,

Merci Monsieur le Maire, Cher Jean-Paul de nous accueillir à St-Jean-de-Muzols pour ces vœux, nous étions nombreux l’année dernière à Arras, nous le sommes davantage ce soir, sans surprise, merci à tous d’avoir répondu à mon invitation.

Merci Monsieur le Président, Cher François, de donner à cette manifestation traditionnelle une saveur particulière, et de nous faire l’honneur et le plaisir de ta présence, présence que je sais généreuse et engagée, merci du regard attentif que le président de tous les français que tu as été a toujours porté en partageant les joies et les peines de nos concitoyens.

Merci de ton attention toute particulière pour notre voisine du Teil, et de son maire, Olivier Peverelli que je salue sincèrement au nom de tous et qui ne pouvait être avec nous ce soir.

Préparant le discours de ce soir, et relisant les mots que je vous avais adressés l’année dernière, j’ai eu la tentation de m’en contenter et n’y rien changer tant 2019 a ressemblé à 2018 ; mais ce soir 31 janvier 2020, l’Europe n’est plus tout à fait la même puisque le Royaume-Uni quittera l’Union européenne dans quelques heures, résonnant comme un échec historique dans une histoire européenne toujours en construction, et qu’une alerte sanitaire vient une nouvelle fois inquiéter le monde.

Et pourtant comme chaque nouvelle année, nous voulons croire à un monde meilleur, nous ne serions pas là sinon, convaincus comme le fut Albert Camus, que la tâche de chaque génération consiste, à défaut de refaire le monde, à faire qu’il ne se défasse pas.

Vous le savez parce que vous me connaissez un peu, ce moment que nous partageons est important pour moi, important parce qu’il participe à l’engagement que j’ai pris de vous rendre compte de mon travail, de faire vivre ce mandat de députée, il est aussi le seul moment où m’est donnée la possibilité de m’adresser à vous au-delà de la diversité de vos fonctions, de vos convictions, de vos chemins politiques.

Important aussi parce qu’il me donne l’occasion de remercier du fond du cœur celles et ceux qui m’apportent leur soutien et leur confiance au quotidien : ma petite équipe, Grégoire, Matthieu et Pascaline qui gèrent avec énergie mon quotidien de parlementaire, avec qui vous échangez souvent, ma petite famille, petite en nombre mais tellement essentielle à mon bonheur, mes enfants, mon frère et ma sœur présents ce soir. Merci.

Alors, lorsque l’on arrive au 31 janvier et que, pour beaucoup d’entre nous qui avons sillonné les routes du nord Ardèche de vœux en verres d’amitié, de discours en souhaits répétés, de bilans en prospectives, nous savons que tout a été dit.

Déjà entendu, mille fois des mots pour vous souhaiter une belle année 2020, solidaire, tendre, engagée sur le chemin exigent du combat que nous sommes déterminés à mener pour un monde plus juste, mobilisé au quotidien aux côté des plus fragiles.

Je le sais cependant les mots, tout aussi essentiels qu’ils soient, ne suffisent pas à conduire nos luttes, mais sans eux, pas de langage commun pour fédérer nos énergies.

Depuis des mois, les images folles d’un continent en flammes de l’autre côté du globe ont rendu plus réelles les conséquences du réchauffement climatique sur les êtres vivants, des millions d’espèces disparues en Australie, des paysages de désolation, pour ceux qui doutaient encore de l’urgence à réagir, les preuves sont là.

Pour illustrer mon intervention, pas de bilan cependant pour lister les financements obtenus et les projets menés à terme, car les rubans que nous coupons lorsque nous inaugurons avec vous une école, une station d’épuration, un terrain de sport, un Ehpad sont autant de symboles, Mesdames et Messieurs les Maires, de votre engagement, et je mesure à quel point le travail concret que vous faites au quotidien avec vos équipes municipales pour défendre l’intérêt général et répondre aux besoins et aux attentes de nos concitoyens est un travail d’écoute et de compromis. Vous êtes les artisans de notre démocratie locale, une démocratie qui exige souvent mais ne reconnait pas toujours, les maillons essentiels de notre architecture républicaine.

Certains d’entre vous ont décidé de mettre fin à leur fonction, nous en avons parlé, d’autres vont s’engager de nouveau ou tenter l’aventure, soyez-en chaleureusement remerciés.

Ce soir, je vous épargnerai donc un bilan chiffré et détaillé, la lettre que nous vous envoyons chaque semaine est là pour vous informer, rendre compte. Je tenterai seulement de vous donner un aperçu des sujets sur lesquels nous sommes mobilisés et des sollicitations auxquelles nous répondons, vous laisser entrevoir la complexité des allers-retours nécessaires entre les réalités locales et les réponses nationales.

Le travail parlementaire consiste à faire la loi, certes, mais concrètement, que faisons-nous ?

Questions au gouvernement, questions écrites, questions orales sans débat, commissions, auditions, interventions, missions d’informations et commissions d’enquête, autant d’outils chronophages qui me mobilisent au quotidien.

Sur le terrain, comme il est coutume de le dire, Rendez-vous avec des particuliers, des associations, rencontres avec les corps intermédiaires et les collectivités. En 2019 aussi il a fallu faire des choix : j’ai conduit 2 missions flash qui m’ont par exemple permis de me pencher sur les écoles d’art territoriales et de dialoguer une nouvelle fois avec le monde de la culture et m’a amené à rendre des préconisations au Ministre. Était-ce utile ? c’est une autre histoire !

Participation à une commission d’enquête sur les groupuscules d’extrême droite riche d’enseignements et de d’échanges avec le Ministère de l’Intérieur, désignation au sein du parlement franco-allemand qui a vu le jour en janvier 2019 et réunit 100 parlementaires de tout l’hémicycle des 2 côtés du Rhin autour de rencontres et d’initiatives, ce ne sont que quelques exemples.

Pour autant, vous vous en doutez, lorsque l’on est parlementaire d’un groupe d’opposition, l’investissement engagé n’est pas forcément proportionnel au résultat. Il faut s’y faire !

D’autant que cette mandature se déroule dans un moment politique où règne davantage l’arrogance et « l’à peu près » que la volonté véritable de prendre en compte toutes les sensibilités, de construire ensemble des politiques publiques à la hauteur des enjeux, dans le respect des oppositions.

A ce stade pourtant, et soyez rassurés, ma détermination comme celle de mes collègues socialistes reste entière, nous avons la volonté collective de porter votre voix.

Plus que jamais notre société divisée souffre de la manière pyramidale dont nous prenons les décisions et à cet égard l’exemple de la mise en place d’une nouvelle organisation territoriale avec la loi NOTRe en 2015 a souligné le besoin de dialogue et de pédagogie dont toute réforme doit être le résultat. Ce dialogue commence à véritablement porter ses fruits aujourd’hui et les élus l’ont compris, Pierre Jouvet  et Frédéric Sausset pourraient en témoigner : il ne s’agit pas de mettre sous tutelles les communes, mais de construire ensemble des projets de territoires à la hauteur des besoins, d’élargir le champ des compétences pour mieux répartir les atouts et corriger les faiblesses des territoires, mieux prendre en compte les nouveaux enjeux de développement en matière de transport, de politique de gestion de l’eau et des déchets, ou dans le champ de la petite enfance, de la culture et du sport, tout cela a du sens.

Mais cette construction un peu technocratique de notre organisation territoriale a privé nos concitoyens, ceux qu’elle concerne, de participer à ces décisions. Or je crois que nous ne pouvons plus faire sans une plus grande adhésion populaire aux politiques d’aménagement du territoire sauf à prendre le risque de continuer à éloigner nos concitoyens de la chose publique.

Nous ne pouvons feindre de ne pas entendre cette défiance, il y a là un chantier d’importance afin de redonner la parole à celles et ceux qui nous reprochent de les ignorer. Apprendre de ses erreurs, n’est-ce pas ce que l’on enseigne à notre jeunesse ? et puis, prendre la parole…

La parole, ils sont nombreux à la prendre : ici et ailleurs, en Europe, en Afrique, au proche Orient, en Amérique latine, partout où le mépris des puissants tient en esclavage des milliards d’êtres humains.

Dans le monde où 3,8 milliards de personnes, presque la moitié de la population mondiale, vivent avec moins de 4,5 euros par jour, où 2153 milliardaires détiennent une fortune équivalente à 60% de celle de l’ensemble de la population , fortune qui n’est pas le fruit d’un travail quotidien mais qui provient d’un héritage, d’une situation de monopole ou des effets du népotisme, le monde où 42% des femmes ne peuvent avoir un métier d’avenir alors que la valeur de ce travail non rémunéré représente plus de 10.800 milliards de dollars par an.

En France, où 7 milliardaires possèdent plus que les 30% des plus pauvres, et où 10% des français les plus riches concentrent la moitié des richesses de notre pays.

Ces inégalités qui s’accroissent sont au cœur de la fracture sociale et des conflits qui secouent le monde et ne peuvent trouver d’issue en dehors d’une participation juste des plus riches à l’effort de solidarité, solidarité par l’impôt, solidarité de cœur et d’esprit.

En 2018, 2019, 2020 encore, ce sont des milliers de françaises et français qui manifestent, qui s’interrogent,  qui tentent par tous les moyens de dire leur mécontentement et leurs espoirs : on peut toujours vouloir ne voir dans ces mouvements que l’expression d’une violence gratuite et de déplorer la radicalisation de certains mouvements, leur absence de cohérence quelquefois, l’aspect catégoriel de certaines revendications, on peut ne pas vouloir entendre le désespoir de milliers de femmes épuisées, elles étaient nombreuses sur les ronds-points, de femmes et d’hommes dont le travail quotidien ne suffit plus à assurer les lendemains et ceux de leurs enfants, ils sont des milliers à ne pas comprendre et à ne pas vouloir des réformes que l’on veut leur imposer : nouveau régime de retraite soi-disant « universel » qui n’aura d’universel que le nom, et qui de régime spéciaux en régimes spécifiques, d’âge pivot en âge d’équilibre, s’éloigne dangereusement de la promesse du Président Macron :

« D’un système universel qui aurait donné à chacun la possibilité de construire librement son parcours professionnel et de choisir la date de son départ… » une réforme que l’on nous présentait comme émancipatrice, le sera-t-elle ?

Le fait est que cette réforme réactive les antagonismes profonds entre deux Frances, celle d’en haut et celle d’en bas, encore plus que les clivages gauche/droite, et qu’elle exacerbe le sentiment de déclassement des moins privilégiés.

Les chiffres sont sans surprise : les publics les plus exposés à la pénibilité sont les plus opposés au projet, 71% d’entre eux refusent l’allongement du temps de travail et demandent que soit reconnues et prise en compte leurs conditions de travail, défilent pour le droit à profiter d’une retraite décente mais les voilà devenus des nantis !

Comment comprendre l’entêtement du Président et de son gouvernement, à mettre en œuvre des transformations qui divisent à ce point ?

La semaine dernière, plusieurs groupes d’opposition ont exprimé au président de l’Assemblée Nationale leur incompréhension sur la manière dont le gouvernement entend mener le débat : procédure accélérée qui laissera 5 minutes de temps de parole à chaque groupe pour exprimer ses positions, dans un délai de 4 jours entre la fin de la discussion en commission et celle dans l’hémicycle, procédure au terme de laquelle une nouvelle fois le gouvernement s’en remettra à des ordonnances pour légiférer sur la définition d’éléments structurants du nouveau système de retraite.

Le conseil d’état a exprimé beaucoup de réserves sur ce texte. Ce que nous entendons tous, c’est l’inquiétude et l’épuisement des professionnels de santé, d’éducation, de sécurité, des agents d’un service public qui refusent qu’il soit détricoté au profit d’emplois précaires, ce sont ces personnels hospitaliers qui ne savent plus comment exercer dignement leur métier, d’enseignants épuisés à qui l’institution demande toujours plus et à qui le ministre répond par la sanction, accusant les mécontents d’avoir eux-mêmes allumés l’incendie ! c’est l’inquiétude de nombreux salariés, artisans, commerçants face aux conséquences de la mondialisation des marchés et des délocalisations,  et qui ne savent plus comment attirer de nouveaux profils vers leurs emplois, inquiétude aussi, et depuis bien longtemps de nos agriculteurs trop souvent pris en tenaille entre les exigences contradictoires de la lutte contre le réchauffement et les objectifs de croissance qui ont longtemps déterminés leur survie ; et c’est le désarroi de plus de 3 millions de personnes sans emploi.

Disons-le, c’est l’inquiétude à tous les étages, et cela malgré la baisse de 3,3% du taux de chômage en 2019.

Au-delà des effets à long terme de décisions politiques antérieures, qu’il serait pourtant juste de souligner, il y a toujours la même contradiction entre ce que les chiffres veulent nous dire et ce que nous en comprenons.

Quel intérêt à repousser l’âge de départ en retraite quand ce sont justement ces travailleurs de plus de 50 ans qui peinent à trouver une place sur le marché du travail ?

Emballement aussi depuis des semaines dans le monde de la justice ; préoccupation de la jeunesse qui voit le monde se rétrécir et constate que le changement radical de nos rapports à la terre est freiné par la place des lobbies : quels leviers faire fonctionner pour activer le changement quand le climat est à peine enseigné dans nos grandes écoles, celles-là mêmes où sont formés nos futurs dirigeants ?

Six grandes banques françaises ont consacré 62% de leurs investissements au gaz, au pétrole et au charbon contre 19% aux énergies renouvelables, nous sommes en droit d’interroger la cohérence de ces choix.

Le numérique, un outil formidable, bien-sûr, il a cependant colonisé nos existences, bouleversé notre quotidien, et modifie dans une sorte d’évidence politiquement correcte notre rapport à la transmission du savoir, course folle vers le « toujours plus », « toujours plus vite »5G en ligne de mire quand le téléphone fixe, ou l’accès au haut débit reste pour certains d’entre nous encore aléatoire, reconnaissez-le avec moi,  quelque chose ne tourne pas rond.

Alors, Réformer, oui bien-sûr, difficile de s’opposer à l’idée mais encore faudrait-il que nous soyons d’accord sur le sens des mots : réformer pourquoi faire ?

Pour mettre davantage d’égalité dans des systèmes qui dysfonctionnent, pour ouvrir des droits nouveaux, pour corriger les trop grandes inégalités entre les femmes et les hommes, pour mieux accompagner les parcours de vie fractionnés par l’exigence de mobilité, pour donner à la jeunesse l’espoir et un capital suffisant afin de s’engager dans la vie d’adulte, jamais le mot « réformer » n’aura été autant utilisé et questionné ; faire et défaire, des centaines de textes de loi comme pour se convaincre que rien de ce qui existait avant, dans l’ancien monde, ne fonctionnait.

Certes, aucun responsable politique ne peut s’exonérer d’un diagnostic sincère sur la réalité, nous cherchons tous des solutions mais manquons probablement d’humilité pour faire appel à d’autres intelligences, à d’autres sensibilités : partout autour de nous des femmes et des hommes réfléchissent et inventent les réalités de demain : qu’ils soient chercheurs ou philosophes, artisans ou paysans, visibles à nos regards ou dans l’attente d’une reconnaissance,

qu’ils soient bénévoles d’associations, chômeurs ou migrants, parents, adolescents, ils sont les maillons de la même humanité, riches des mêmes désirs, héritiers des mêmes conquêtes, engagés à gravir la même montagne, sans cesse.

Peut-être sommes-nous alors prisonniers de deux histoires, étrangères l’une à l’autre : celle établie depuis des siècles comme une vérité absolue : l’histoire de la croissance, en roue libre et qui n’a comme seul objectif que cette course frénétique contre le temps humain qui n’accepte aucune limite, une histoire épuisée par des frontières qui partagent l’humanité avec si peu de sens commun et nourrit un terrible sentiment d’humiliation et de révolte que l’on déplore ensuite, et puis une autre histoire, implacable, qui ne nous écoute pas, à laquelle nous n’avons pas su nous intéresser, celle de la terre, de la terre sous nos pieds, du ciel au-dessus de nos têtes, destins qui auraient dû se croiser et dont on constate aujourd’hui avec effarement qu’ils se sont ignorés.

Peu de place dans cette équation pour tous ceux qui n’ont pas trouvé une place où ils puissent vivre, tout simplement, pour toutes celles et ceux qui refusent l’impératif qui se voudraient catégoriques des lois de l’économie sur celles de l’humanité.

Dans ce qui ressemble de plus en plus à une spirale infernale il ressurgit alors cette vielle idée que socialistes et peuple de gauche avons tant chérie et portée, celle que le capitalisme ne nous amenait pas là où nous voulions aller. Et j’ai la certitude aujourd’hui que cette idée a du sens, qu’elle est une clé pour imaginer d’autres pistes, pour repenser le monde, pour rebâtir d’autres solidarités, d’autres systèmes de développement. Au pied du mur, peut-être, mais loin du renoncement pessimiste en ce qui me concerne, rien n’est gagné et pour autant, à quoi servirait-il de vivre si tout était perdu ?

Il est de notre responsabilité, je le crois, de refuser les postures défaitistes, acceptons l’urgence de la situation et affrontons la dans une démarche collective et humble, où nous réhabiliterions l’utopie et l’imagination.

Je vous le dit souvent, je crois à une place pour chacun d’entre nous dans ce monde, « sur le chantier de ces valeurs toujours neuves, pour ces combats de chaque jour qui se nomment liberté, égalité, fraternité aucun volontaire n’est de trop », rien de daté dans cette formule de François Mitterrand.

Aucun de nous n’est de trop pour dénoncer des siècles de violences faites aux femmes, l’année 2019 aura été celle d’une libération de la parole, et d’une prise de conscience salutaire, les remèdes ne sont pas tous encore posés, hier nous votions à l’Assemblée un deuxième texte qu’a défendu vaillamment mon collègue Hervé Saulignac, mais soyons-en sûrs, le monde bouge.

Aucun de nous n’est de trop pour venir en aide à ces migrants trimballés par les vagues qui n’ont plus d’autre choix que de quitter leur pays et leur famille pour survivre ; que sait-on de la douleur du déracinement, de la peur au ventre ?

Aucun de nous n’est de trop pour construire un avenir à ces enfants porteurs de différences que nous voulons inclure, sans savoir comment.

Aucun de nous n’est de trop pour apporter à nos anciens douceur et protection : plus d’un an que nous attendons les propositions de la Ministre de la santé pour un plan ambitieux qui réponde aux enjeux du grand âge et de la dépendance. Il nous faut trouver des solutions pérennes à la détresse des familles et des résidents, privatiser les lieux de vie pour rentabiliser des placements financiers ne relèvent pas de la vision du monde qui est la nôtre.

Pour les parlementaires que nous sommes, de droite ou de gauche, du centre si cela existe, les combats prennent toujours la forme de débats, de questions, et d’élan vers le progrès social.

Comment tenter alors de partager avec vous la carte postale de cette année 2019 ? de ces heures passées à batailler, à tenter d’infléchir le gouvernement sur des textes qui trop souvent manquent d’ambition, et de moyens : loi sur les mobilités, loi « pour une école de la confiance ou pour la santé 2022 »…

En décembre, vote du budget et de la loi de finances de la Sécurité Sociale qui a vu ses pertes de recettes non compensées par le budget de l’Etat, réforme de la fiscalité locale qui sous couvert d’augmenter le pouvoir d’achat de nos concitoyens avec la suppression de la Taxe d’Habitation prive les collectivités d’une grande part de leur autonomie, et n’atteint que partiellement son but de justice sociale ignorant les 21 millions de foyers qui ne sont pas imposables mais voient leurs prestations sociales n’augmenter que de 0,3% au lieu des 1% correspondant au taux d’inflation.

1,2 million de personnes impactées par les nouveaux calculs d’aide au logement dans un pays où 7,5 millions de logements sont des passoires énergétiques, un bâti qui représente 45% des émissions des gaz à effet de serre, tous nos amendements visant à aider les plus fragiles et à avoir une action forte en matière de politique du climat ont été rejetés.

Suppression de l’ISF qui ne passe toujours pas et qui a bénéficié à moins de 1% des français, et de la mise en place du prélèvement forfait unique qui, sous prétexte de rendre conforme le patrimoine des plus riches à la norme européenne a lui rapporté plus de 25 milliards d’euros.

En décembre 2018, c’était 2,2 milliards d’euros que le gouvernement avait trouvé pour répondre à la colère de nos concitoyens, milliards défiscalisés, désocialisés, réduisant ainsi toujours un peu plus l’assiette des cotisations qui permettent de mieux répartir les richesses.

En matière d’éducation, et alors que le taux de recrutement aux concours du Capes et de l’Agreg a encore chuté de 10% en 2019, la confiance décrétée par le ministre est loin d’être au rendez-vous et le malaise demeure, notre école de la République est en proie à bien des doutes et des difficultés. Pourtant nos écoles, nos collèges et nos lycées sont là, héritiers de la grande et belle idée de laïcité qui a su en son temps délimiter la sphère intime et l’espace public. Ancrés dans notre ruralité elles témoignent au quotidien de l’engagement de tous.

En matière de lutte environnementale, suppression de milliers de postes d’agents au Ministère de l’écologie et 800 millions votés au Projet de loi de finances quand l’Allemagne que l’on nous cite si souvent en exemple a elle décidé de consacrer 100 milliards sur 10 ans à ces problématiques ?

Innombrables propositions de loi sur lesquelles se penchent vos députés et sénateurs, qui loin de la simplification que nous appelons tous de nos vœux, ne répondent pas vraiment à l’essentiel.

Privatisations d’ADP et de la FDJ et malgré une mobilisation citoyenne d’importance, pas un mot du Président sur cette question. Longues semaines de grève de notre radio publique, Radio France, et pas un mot du Ministre de la culture pour entamer un dialogue.

Dans toute cette agitation législative, la réforme des institutions que le président Macron avait décidé de mettre en route n’est plus d’actualité. Ouf, nous disons-nous ! non pas que nous ne verrions pas la nécessité de dépasser les contours d’une 5ème république née d’un autre siècle et d’une vision du monde dont les évolutions majeures ne peuvent plus s’accorder avec les justes revendications de démocratie et d’équilibre des rôles, mais parce que notre confiance dans la capacité et la volonté de ce gouvernement de donner sa chance à un débat apaisé et exigent, n’est pas intacte.

Je ne crois pas aux premiers de cordée mais plutôt à la solidité d’une cordée solidaire, je ne crois pas que le monde soit partagé entre ceux qui réussissent et ceux qui ne sont rien; je ne crois pas qu’il suffise de traverser la rue pour décrocher un job, je ne crois pas que le regard de solidarité que nous portons sur les plus fragiles nous coûte un pognon de dingue, je ne crois pas à ces forces de l’ancien monde qui seraient présentes et toujours engagées dans la bataille pour faire échouer la France.

Je crois plutôt aux graines que l’on sème et à la fidélité de nos engagements, inscrits dans un temps long qui naissent et grandissent au sein de nos familles. Famille que nous avons choisie refusant le hasard, en accord avec ce qui nous semble juste au plus profond de nous-mêmes, ces communautés de vies nous obligent.

Les liens y sont irréversibles et puissants, ils se nourrissent de déceptions, d’éloignements et de claquement de porte et puis de retours et de réconciliations. Dans nos familles politiques, celles de l’ancien monde que je connais, il y a la place pour le débat, pour les fractures et les mains tendues.

Il peut arriver que les choses deviennent si compliquées que l’idée nous vienne d’aller voir ailleurs. Mais au fond, nous sentons bien que l’abandon des promesses faites n’est pas digne au regard et de celles et ceux qui nous ont fait confiance, au regard des valeurs que nous portons.

Un engagement quel qu’il soit n’est jamais accompagné d’un mode d’emploi clé en main, il est la somme de nos expériences, de nos échecs et de nos succès et je n’en démordrai jamais, c’est bien la manière dont nous poursuivons nos idéaux qui justifie la lutte et ouvre le chemin.

C’est Henri Leclerc, qui avait cette formule si juste pour le 100ème anniversaire de la ligue des droits de l’homme dont il était président.

« Ils sont toujours là nos vieux adversaires. Nous les connaissons bien. Ils s’appellent l’arbitraire qui menace les libertés, l’intolérance qui détruit la fraternité, le racisme qui nie l’égalité, l’individualité qui tue le citoyen. Elle est toujours présente la misère, cette insulte à la dignité. Et devant nous dressés tous les pouvoirs dont on abuse, les conservatismes qui empêchent de rêver l’avenir, les puissances économiques qui préfèrent toujours la conclusion d’un marché que le respect d’un principe. »

Contre cette réalité cruelle, il nous reste donc la liberté et   l’engagement du quotidien qui ne se contente pas de dénoncer mais cherche à construire un dialogue, qui travaille à rassembler, à innover, à dessiner l’avenir et à repeindre l’horizon.

Nous avons les outils en main, peut-être un peu rouillés mais plus que jamais nécessaires.

La culture dans tous ses états est notre conquête commune, elle est la clé d’une extraordinaire capacité à nous faire comprendre le monde, elle s’adresse à l’intelligence sensible de chacun d’entre nous.

Je me suis souvent étonnée auprès de nos ministres du peu d’investissement de l’Education Nationale aux côtés de l’éducation artistique. On me répond charte EAC à l’appui, enseignements artistiques et culturels, qui théoriquement devraient bénéficier à 100% de nos enfants. Pratique artistique qui est non seulement un outil de remédiation formidable aux difficultés de tous ordres, mais qui fait de l’homme autre chose qu’un accident de la nature disait Malraux ; alors banco, soyons ambitieux.

Pour cet élan vers la beauté, je tiens à remercier ce soir Sally et Didier Mollon, et pour son engagement aux côtés de nos enfants le président de l’école départementale musique et danse de l’Ardèche, merci d’avoir œuvré pour la faire vivre.

Et puis merci au département, à la volonté farouche de son Président, Cher Laurent, et à ses Vices Présidents, Brigitte Royer, Stéphanie Barbato, Denis Duchamp, à cette volonté de soutenir nos territoires, à engager un processus de transition écologique, à croire en la vitalité de nos villages, de nos petites villes : l’Ardèche émerveille, enthousiasme, et malgré l’âpreté des matins d’hiver et la complexité de sa géographie l’Ardèche est une terre de solidarité :

En novembre 2019 : séisme et intempéries, tous ont répondu présents

-services de l’état à qui j’adresse une nouvelle fois ma reconnaissance : que ce soit en soutien aux sinistrés du Teil où vous avez Madame le Préfet avec vos collaborateurs, mis en place les dispositifs d’aide nécessaires, à ceux victimes des intempéries de neige en novembre pour qui Monsieur le Sous-Préfet, vous avez eu l’attention et le souci qui caractérise votre action,

– services de secours, sapeurs-pompiers volontaires et professionnels qui, entre sécheresse et pluies torrentielles ont eu fort à faire et ont payé un lourd tribut à la mission qu’ils ont choisie, mes remerciements au Colonel Rivière.

– Merci aux forces de police et de gendarmerie, au Colonel Coulbeau qui avec discernement conduit les actions de sécurité.

Je n’oublie pas les salariés d’Enédis et de France Télecom pour qui la masse de travail supplémentaire sur cette période n’a pas été anodine.

Et puis, dans ces moments un peu tendus, permettez-moi de dire ma gratitude aux associations dans toute leur diversité, et à tous leurs bénévoles, qui sont la force indiscutable d’un territoire que nous aimons.

Pour finir, c’est à vous toutes et tous qui avaient dans le même temps exprimé un élan formidable de solidarité et témoigné quelquefois d’une solitude insoupçonnée que je veux dire mon attachement.

Lorsque l’on empreinte les routes d’Ardèche au gré des saisons et des engagements, l’esprit vagabonde, on est accompagnés par la beauté des paysages, la voix de Jean Ferrat n’est jamais loin, qui a inscrit sur la carte de France un pays rebelle et batailleur qui n’abandonne jamais, ni à la brutalité des éléments, ni à la folie des hommes.

Ce Nord Ardèche qui s’attarde le long du fleuve pour grimper lentement vers la montagne, qui hésite entre activité industrielle et paysages agricoles abrite vos projets de vie, et grandit de vos initiatives, soyez-en sincèrement remerciés.

Comme vous tous présents ce soir, je crois en la volonté des hommes de repousser les frontières, de se nourrir de rêves, de décrocher l’inaccessible étoile, je crois que l’action politique nous grandit lorsqu’elle parle le langage de la sincérité et de la fidélité, je sais que nous avons besoin de jouer collectif et fraternel.

Dans toutes les cérémonies de vœux que j’ai pu partager, les salles étaient pleines, et les cœurs bien hauts, et c’est bien là un signe de notre besoin de faire société. Pourtant tous ne se sentent pas invités au banquet du monde, nous le savons, et aucun des élus que nous sommes ne peut se satisfaire ni de la misère du monde, ni d’un désenchantement grandissant.

Aussi pour conclure Mesdames Messieurs, je nous souhaite d’avoir la force de combattre ici et maintenant l’exclusion, l’injustice et la futilité du monde. Et parce qu’il serait insensé de refuser le bonheur lorsqu’il s’approche, je vous souhaite de partager avec celles et ceux que vous aimez les joies innombrablesde l’existence.

Belle et heureuse année.

Monsieur le Président, je vous cède enfin et avec un immense plaisir, la parole.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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