De l’autre côté de la rue, ou à l’autre bout du monde, un même virus.

De l’autre côté de la rue, ou à l’autre bout du monde, un même virus.

L’hexagone, notre hexagone, au-delà de frontières redevenues, Covid oblige, un moyen de nous rassurer à bon compte, l’Europe politique ou géographique, et au-delà encore, pour peu que nous acceptions de nous tourner vers la Méditerranée, un continent entier, curieusement absent d’un panorama sanitaire, comme devenu invisible à nos yeux, tant le virus semble avoir la faculté de nous concentrer sur une vision nationale.
On nous explique que l’Afrique, continent « jeune » ne serait pas sensible à la pandémie qui nous touche, que l’Afrique a depuis longtemps côtoyé des épidémies et qu’elle sait donc faire face.
Soit.
Je croyais avoir compris que ce virus touchait avec force les personnes les plus vulnérables, et dans mon esprit, ce vaste continent accablé par des conflits sans fin, par des difficultés alimentaires, économiques et sanitaires dramatiques, comptait des millions de personnes qui risquent d’être impactées de manière dramatique par cette pandémie. Je pensais que l’impact de ce virus dans les pays pauvres serait aggravé par des systèmes de santé fragiles, des investissements limités dans le domaine de la santé et le manque de mesures sociales.

Je lis, selon l’ONG ONE, que les pays riches, donc le mien, investissent 162 fois plus dans le secteur de la santé que les pays à faible revenu, que le Mali ne possède qu’un respirateur pour un million de personnes, quand le Royaume-Uni en compte un pour 8227. Je lis que, dans 104 pays du monde, 67% des personnels de santé sont des femmes et -enfin quelque chose qui nous rapproche- qu’avec la fermeture des écoles dans beaucoup de pays, plus de 1,5 milliard d’enfants dans le monde sont déscolarisés, soit 90% du total des enfants, alors que 300 millions d’entre eux reçoivent à l’école en temps « normal » les repas nécessaires à leur sécurité alimentaire.
Je lis que dans ces pays en développement qui connaissent une économie émergente, la baisse des prix de certains produits, la diminution des investissements étrangers, les perturbations des chaînes de production, (seuls 15 des 54 pays d’Afrique ont la capacité d’exporter de la nourriture), la réduction du tourisme, la chute de la valeur de l’argent, la diminution drastique des investissements étrangers menacent 30 millions d’emploi.

Et puis, je me souviens des chiffres de la dette externe de certains de ces pays d’Afrique, (en Afrique subsaharienne, elles sont passées de 235 milliards de dollars en 2008 à 634 en 2019, représentant 36% des PIB.)

Tous ces chiffres que l’on connait plus ou moins nous parlent-ils de notre responsabilité de solidarité envers ces continents qui nous ont enrichis ? De notre capacité de citoyens du monde à envisager l’humanité dans sa richesse, sa diversité, et dans sa ressemblance aussi ; un malade du Covid serait-il, parce qu’africain, plus apte à supporter les ravages du virus ? 100 milliards de dollars, c’est ce que demandent les gouvernements africains pour répondre à la pandémie du Covid 19 et leur permettre de financer une réponse sanitaire et à plus long terme à construire une réponse sociale aux conséquences de cette crise.
Nous devons, au sein du G20, financer la recherche pour arriver à produire, à un coût accessible à tous, un vaccin qui permette à l’ensemble de l’humanité d’y avoir accès.

Quand 1,430 milliards de dollars de dividendes alimentent des intérêts privés, ne serions-nous pas capables de mettre sur la table les millions nécessaires afin de concrètement répondre à l’exigence morale qui est la nôtre : celle de chercher à bâtir un monde plus juste dans lequel le partage des richesses ne serait plus un vague slogan de campagne mais un combat fraternel et partagé ?
Le plan mondial d’intervention réclamé par des organisations internationales comme « One » font état de 8 milliards pour financer la recherche et la production de traitements pour tous ou de 7 milliards pour s’assurer via des agences spécialisées de la continuité des vaccins.
Ces pistes très concrètes sont à portée de décisions, comme un moratoire sur la dette et les paiements d’intérêts, l’anticipation de versements des prêts de l’AID et du FMI, l’augmentation des aides du FMI par l’extension de tirages spéciaux ou encore l’augmentation des dons d’aide publique au développement.
10 milliards par an pour mettre en place un système sanitaire mondial capable de faire face aux pandémies dont nous comprenons aujourd’hui bien qu’il nous faudra vivre avec.

Cette dette que les pays émergents traînent indéfiniment, et dont beaucoup s’accordent aujourd’hui, même dans les rangs du Président, à considérer qu’il faut l’alléger, semble plus que jamais nourrir les relations multilatérales de ces pays avec nos démocraties si généreuses.
Est-ce là ce que nous voulons défendre lorsque nous parlons de coopération et de solidarité ?
Les inégalités dont nous nous émouvons quotidiennement avec tant de vigueur à l’intérieur de nos frontières hexagonales seraient-elles, comme dans la chanson, moins pénibles au soleil ?
Cette crise que nous n’avions pas imaginée il y a quelques semaines encore défait les certitudes et repose quantités de questionnements qu’il était encore possible, pour certains d’ignorer.
Elle met aussi à jour une interdépendance entre les uns et les autres que tous dénoncent lorsqu’il s’agit de préserver sa production nationale et son économie, mais peut-on imaginer et désirer un monde sans une coopération internationale complètement renouvelée, capable de prendre en compte l’urgence climatique dont les problématiques sont celles que notre économie libéralisée et mondialisée à outrance n’a cessé de louer ?

Pour signer la pétition de l’ONG ONE :

ONE World – Une pandémie mondiale nécessite une réponse mondiale

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