Discours d’Emmanuel Macron : une intervention tardive, des annonces floues

Discours d’Emmanuel Macron : une intervention tardive, des annonces floues

Depuis des semaines, des milliers de français manifestent leur colère et leur désarroi face à leurs difficultés quotidiennes pour vivre décemment de leur travail, de leur retraite.

La plupart des actions menées l’ont été dans le calme et le respect des biens et des personnes, dans le respect du dialogue, et comme chacun d’entre nous je condamne les violences gratuites qui ont mis à l’épreuve les forces de l’ordre, les manifestants et les habitants des quartiers touchés par ces évènements.

Lundi soir, enfin, après avoir laissé le Premier ministre un peu seul face à la revendication populaire, le Président s’exprimait et prenait en compte la colère des manifestants. Que de temps perdu quand tout laissait penser que la situation était sérieuse et qu’autour de la grogne sur l’augmentation des taxes du carburant pour financer la transition écologique, un ras-le-bol bien plus profond se disait.

Certes, nous prenons notre part de responsabilité dans la critique d’un système politique trop longtemps refermé sur lui-même et incapable d’entendre et de répondre de manière concrète et concertée à la demande de justice sociale que nous crient aujourd’hui ces français, ouvriers, artisans, travailleurs pauvres, femmes élevant seules leurs enfants, exploitants agricoles qui survivent à peine, jeunes et étudiants qui ont un peu perdu l’espoir d’un monde meilleur.

Mains nous ne cessons depuis 18 mois d’alerter ce gouvernement sur le risque à vouloir, à marche forcée, ne penser le progrès que sur un modèle d’une « start-up nation » où les privilèges des plus fortunés ne sont pas abandonnés, où l’écologie proposée est vécue comme punitive, où l’on exempte les plus riches des efforts que l’on demande aux plus fragiles.

Aussi, l’allocution très solennelle du président, était devenue urgente. Pour autant, les annonces faites laissent beaucoup d’insatisfaction :

-La suppression de la hausse de la CSG pour les retraités percevant moins de 2 000 euros par mois (le groupe socialiste et apparenté avait proposé dans son contre-budget de ne pas appliquer la hausse de la CSG pour les pensions inférieures à 3 000 euros, ce qui représente le coût d’une maison de retraite.). De plus cela ne change rien à la décision de ne pas revaloriser les pensions sur le cout de l’inflation (1.6%).

Pas un mot sur le rétablissement de l’ISF, pas un geste pour les chômeurs ou les fonctionnaires. Une nouvelle fois le président tente d’éteindre le conflit avec des propositions floues, dont le financement n’est pas encore défini. Il faudra davantage pour construire l’égalité et la justice.

-la défiscalisation des heure supplémentaires, si elles permettent à ceux qui bénéficient déjà d’un emploi n’est en rien une réponse à la nécessité de partager le travail et privent les organismes sociaux de cotisations servant à la solidarité nationale. (en 2011, l’OFCE avait mesuré que de telles mesures avaient détruit 30.000 emplois.)

-la prime de 100 euros mensuelle, accélération de la prime d’activité actuelle est une prestation sociale financée par l’impôt, et donc payée au final par les classes moyennes et modestes.

Cela ne répond pas à la demande d’augmentation du SMIC que réclament l’ensemble des gilets jaunes, des syndicats et des partis politiques de gauche.

Toutes ces mesures, qui ajoutées à la suppression de la taxe sur les carburants devraient couter autour de 10 milliards ne sont pas explicitement financées, et nous pensons, comme nous l’avions proposé dans notre PPL de sortie de crise qu’un autre chemin était possible pour remettre la justice sociale au cœur des propositions :

-en rétablissant l’ISF, vécue par une très grande majorité des français comme un cadeau fait aux plus riches et en supprimant la « Flat tax » permettant de dégager 5 M d’euros,

-en ne transformant pas le CICE en baisse de cotisations sociales pour les entreprises, ce qui dégageait environ 20 M d’euros.

-en poursuivant sur le chemin de la suppression de la taxe d’habitation dont la contrepartie financière pour les communes reste floue.

Ces mesures qui semblent avoir satisfaites à droite de l’hémicycle ne nous paraissent pas de nature à répondre au fond de l’exaspération des français en difficulté, car outre des revendications d’ordre économique, il y a une demande forte et légitime de plus de démocratie dans la prise de décision, dans le fonctionnement même de nos institutions. Il y a une urgence démocratique, comme il y a une urgence environnementale, nous le pensons. Le président a proposé de débattre… de l’immigration ! cheval de bataille de la droite la plus revancharde, la plus populiste.

C’est pour toutes ces raisons que notre groupe, avec les 2 autres groupes d’opposition de gauche, a décidé, après en avoir beaucoup débattu, et encore aujourd’hui, aux vues des évènements dramatiques qui se sont déroulés à Strasbourg, et en conscience de la responsabilité qui est la nôtre dans une période troublée et inquiétante de présenter une motion de censure qui sera débattue ce jeudi à l’Assemblée Nationale.

 

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